Écriture


INSPIRATION, VERS UN PROJET PROFESSIONNEL / lundi, octobre 4th, 2021

Il y a longtemps que j’envisage de rédiger un article sur mon rapport à l’écriture. Finalement, publier ce texte dans le sillage du lancement de mon activité de rédactrice prend tout son sens. J’ai toujours aimé écrire au sens large : former des mots sur le papier, prendre des notes, apprendre & mémoriser en écrivant ; dernière chose, je ne « sais » pas lire si je n’ai pas un crayon à la main ! J’ai besoin d’annoter, de consigner des idées, d’inscrire mes réflexions sur chacun de mes livres. J’ai fait des études littéraires, j’ai rédigé des mémoires, écris des articles ; toutefois, l’épisode de ma thèse représente un tournant – accru par un virage personnel – qui est venu imprégner ces rendez-vous avec la page blanche d’une fragrance particulière, nimber ces parenthèses d’une aura singulière.

En 2011, j’ai quitté mon mari, mon cocon, mes amis, mon quotidien, ma vie bien ordonnée. J’ai emménagé dans un petit appartement niché sous les toits. J’ai installé mon bureau sur la mezzanine donnant accès à ma chambre. Au fond de moi, l’écriture reste intimement liée à ce lieu, à cette période, à ce moment où tout à coup j’ai « rompu » avec celle que j’étais pour retrouver celle que je suis. Elle est devenue un point d’ancrage auquel je me suis arrimée fermement, ardemment, éperdument ! À cette époque, j’ai également vécu une histoire d’amour passionnelle, de celle qu’on lit dans les livres, de celle qui bouleverse tout sur son passage ! Tout s’est enchaîné tellement vite, tellement fort, que parfois j’ai manqué d’air ! L’écriture a été une respiration… un équilibre & un plaisir insoupçonnés puis indispensables. Je me suis mise à chérir ces rendez-vous avec la plume & je garde un souvenir intensément savoureux de ces têtes-à-têtes avec moi-même.

Si mes soirées avaient le goût délicieux du rituel, l’inspiration quant à elle pouvait se manifester à n’importe quel moment de la journée. Aussi, j’avais en permanence sur moi des petits bouts de papier afin de la retenir avant qu’elle ne s’échappe. J’ai conservé ce processus d’écriture. Je continue de coucher sur le papier mes idées telles qu’elles arrivent puis je reviens sur mon texte. J’envisage ce dernier comme une matière que je prends plaisir à façonner, à modeler, à composer. Il n’est pas aisé de s’attarder pleinement sur son processus d’écriture lors de la rédaction d’une thèse ; notamment lorsque l’on travaille en parallèle, que l’on cherche à se reconstruire, qu’il y a des échéances à respecter… il faut dérouler le fil de sa problématique, avancer au détriment parfois de l’écriture que j’aurais aimé soigner davantage & pourtant… j’avais déjà ressenti beaucoup de plaisir à travailler certains paragraphes.  Avec la création du blog & la rédaction de contenus plus « courts », j’ai la possibilité de m’attarder plus longuement sur ce processus & de choyer minutieusement mon écriture. 

Dans ces moments d’élaboration, de création que j’adore, je me sens comme un artisan qui forme & parfait son œuvre. Mon outil principal est le dictionnaire des synonymes & je peux passer temps infini à chercher le mot juste, l’acception appropriée. J’utilise également mes sens. La vue bien sûr de manière à m’assurer que le texte est aéré, agréable à regarder & que les différentes parties sont équilibrées mais surtout, je tiens à souligner l’importance du son. Je lis, je relis, je re relis chacun de mes écrits à haute voix en étant extrêmement attentive à la mélodie, à l’harmonie & chaque point d’accroche est affiné jusqu’à obtention de la fluidité recherchée. D’autre part, mon inclination pour les phrases longues m’invitent à recourir à la ponctuation ; notamment le point virgule & les points de suspension dont j’abuse avec plaisir dans le dessein de générer des pauses, des silences… c’est également un moyen pour moi de mettre de la lumière, de créer & de produire une émotion. Parler d’harmonie revient à parler de beauté ; il y a un rapport à la beauté selon moi dans l’écriture à travers la recherche du bon mot, de la belle image, de la belle tournure.

Cette référence à l’image me rappelle inévitablement ma thèse dans laquelle je me suis longuement interrogée sur cette affinité du mot & de l’image favorisée par un travail sur une œuvre littéraire délivrant au lecteur les clefs de lecture des fresques qui ornent les murs du Palazzo Vecchio de Florence. Je me suis intéressée à cette écriture qui donne à voir, à ces peintures qui donnent à penser, à cet intervalle où l’artiste manie presque simultanément le pinceau & la plume, à ce débat sur la supériorité des arts qui anima le XVI ème siècle. Je me suis également passionnée pour ce recours à l’écriture qui cristallise, qui fixe, qui éternise ; à l’instar de ces parenthèses.

Vous l’aurez compris, l’écriture fait partie d’un cheminement personnel & j’ai choisi de la placer au cœur de cette nouvelle aventure professionnelle. Lorsque le métier de rédacteur m’est apparu comme une possibilité, je me suis vite rendu compte que je ne reconnaissais pas dans certaines de ses facettes & notamment dans cette course à la production intense de contenus, dans la prévalence accordée au référencement au détriment selon moi & dans certains cas de la qualité du texte. Je me suis alors demandée si il n’y avait pas un courant « contraire », une espèce de « slow écriture » & j’ai découvert le « Slow content » qui privilégie un contenu éditorial de qualité (produire moins mais mieux), le recyclage de textes, d’articles que l’on viendrait retravailler, améliorer & puis surtout qui s’inscrit dans une philosophie de vie qui tente de remettre un peu de lenteur, de conscience, de sens dans ce quotidien bien souvent trop chargé.

Cette question d’un contenu de qualité pose en filigrane la question du client « idéal ». Qui est-il ? Un client qui partage ce point de vue bien sûr, un client passionné par le produit ou le service qu’il propose & surtout un client dont l’univers me parle, résonne ; notamment parce qu’il répond à certaines valeurs & intentions qui me touchent telles que l’authenticité, la simplicité, le raffinement ! La notion de plaisir a été un fil rouge dans tout ce que j’ai entrepris jusqu’alors en parallèle de mon travail dans le but de rester en contact avec celle que je suis, je souhaite qu’elle soit ma boussole en ce qui concerne les choix que je vais être amenée à faire pour ce projet. Bien sûr je souhaite vivre de cette activité mais pas à n’importe quel prix… je ne suis pas prête à tout accepter ; cela n’aurait pas de sens vis-à-vis de ma démarche.

J’aimerais conclure cet article sur mon rapport à l’écriture en abordant la question de « mon lecteur idéal ». Jusqu’à présent, il y avait quelque chose de très personnel, de très intime dans mon acte d’écrire. Le fait d’orienter & d’observer mon écriture sous un prisme professionnel suppose & m’impose une nouvelle attitude & de nouvelles considérations. Je ne sais pas quel regard pose le lecteur sur mes écrits mais j’ai envie de me demander quel regard je pose sur la personne qui me lit… Je l’imagine installée confortablement, disposée à s’accorder une douce parenthèse, de celle où le temps s’arrête & où l’on vient se connecter à un je-ne-sais-quoi d’essentiel.  Susciter grâce à mon écriture du plaisir, de l’émotion, du rêve, permettre au lecteur de goûter grâce à mes mots à quelque chose d’intimement délicieux ; voilà l’ambition de ce nouveau chapitre des Parenthèses de Carole.

À très vitre !

Carole

 

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