Carnet d’adresses : L’Abbaye du Thoronet


CARNET D'ADRESSES EN PROVENCE / samedi, mars 12th, 2022

J’avais visité l’Abbaye du Thoronet il y a de cela une dizaine d’années. Ce monastère m’avait laissé un souvenir captivant ; celui d’un monument immergé dans la nature, d’un joyau dissimulé au cœur de la forêt varoise, d’une parenthèse dans une Provence sauvage & authentique. Appelée « La Merveille » en raison du fait qu’elle représente le plus parfait exemple de l’architecture cistercienne, l’Abbaye du Thoronet forme avec Sénanque & Silvacane la lignée des trois sœurs provençales.

Dernièrement je suis repartie à la rencontre de ce lieu. Dès mes premiers pas, je savais que je rédigerai un article. Les écrits sur l’Abbaye du Thoronet & des sujets abordés ci-dessous sont nombreux & le but de ce texte n’est pas de proposer une redite, ni d’énoncer quelque chose de trop technique. Il y aurait tellement à dire… alors j’ai eu envie de développer, autour d’éléments incontournables & de mentions nécessaires à la présentation de cet édifice, un propos plus personnel établi sur des recherches bien sûr mais essentiellement fondé sur mes ressentis ; retranscrire avec les mots l’émotion suscitée par ce cadre & cette architecture.

Edifiée entre 1160 & 1230, classée aux monuments historiques en 1840, l’Abbaye du Thoronet exprime la quintessence de l’ordre cistercien : simplicité, harmonie, pureté, dénuement. Lors de ma première visite, je baignais dans la richesse des œuvres de la Renaissance, je me souviens avoir été subjuguée par cette beauté… essentielle. J’avais été saisie par ce lieu &, contre toute attente, j’avais été surprise d’y trouver une notion analogue à mon travail de thèse : la théorie du nombre d’or.

Dotée d’une acoustique exceptionnelle, quasi magique, l’église de l’Abbaye du Thoronet, édifiée selon un plan en forme de croix latine, présente des proportions calculées selon le principe du nombre d’or. Appelé aussi section dorée ou encore divine proportion, le nombre d’or nous propose un voyage dans le temps, une réflexion autour du thème de la création. Ce principe, qui nous ramène à des temps immémoriaux, refait surface à différentes époques telles que la Renaissance à travers notamment l’ouvrage du mathématicien Luca Pacioli, De Divina Proportione, illustré par Léonard de Vinci.

Synonyme d’esthétique & d’harmonie, le nombre d’or témoigne du rapport harmonieux entre la partie & le tout. Il apparaît comme une clef, un principe unificateur, un lien entre le passé & le présent, le ciel & la terre, la divinité & l’humanité. J’aime plonger dans ces univers polysémiques. J’avais l’habitude de satisfaire cet intérêt à travers l’art de la Renaissance mais ici l’absence de couleurs & de formes n’empêche pas les lectures symboliques : rendre perceptible, saisissable, palpable l’invisible par le biais du dénuement ; l’œil & l’attention n’étant happés par rien d’autre que par la présence divine.

J’ai l’habitude de me retourner & d’écrire au passé mais pour cet article je ressens l’importance de m’exprimer davantage au présent…  pour mieux vous immerger dans cette parenthèse. Une fois passé le village du Thoronet, on emprunte une route absolument magnifique qui serpente au cœur de la forêt de l’arrière pays varois jusqu’à atteindre le site de l’Abbaye. Je laisse la voiture au parking, traverse la route & rejoins un chemin de pierres, une calade, qui avance au milieu des chênes qui officient comme des portes protégeant, dissimulant & ouvrant sur l’Abbaye. Ici, le symbolisme de la forêt prend tout son sens : lieu de passage, de communication entre les mondes.

La pierre est omniprésente. Le monument est édifié à partir de la roche calcaire, érigé sur un sol rocheux, témoignant de son enracinement, de son prolongement. Il est 10 heures & l’Abbaye est vide. Je pénètre dans l’enceinte du lieu qui se présente à moi telle une clairière inondée de lumière. La densité de la matière & la subtilité de la lumière voilà ce qui m’absorbe en ce matin d’hiver. Cela ne m’avait pas interpellée lors de mes premières visites mais je suis saisie par la couleur qui naît de la rencontre de la pierre & de la lumière, du dense & du subtil. J’entre dans l’église. Le dénuement est total. Je suis fascinée par ce « vide » qui révèle ce « tout ». L’ordre de Cîteaux prône le renoncement aux couleurs & aux images, seule l’ouïe était vénérée. Pourtant, en ce début de matinée hivernale, les rayons encore tièdes du soleil qui filtrent à travers les quelques vitraux colorent les pierres & leur confèrent une teinte chaude, dorée, auréolant l’édifice d’une lumière particulière &, dans un même temps, conférant à cette visite la saveur délicieuse d’une parenthèse.

J’aime le silence absolu. Un silence qui repose, qui apaise, qui invite à ralentir. Je traverse l’église & rejoins à l’étage le dortoir, à gauche la chambre de l’abbé, à droite une petite pièce où sont stockés des vestiges où la pierre rencontre l’écriture. Un peu plus loin, sur ma gauche, se profile la galerie qui offre un point de vue inégalable sur l’enceinte du monument, sur la nature environnante & enveloppante. Les chênes vert offrent un écrin de verdure à ce joyau de pierres & de lumière. Je regagne l’escalier. Je découvre & traverse la salle capitulaire, la bibliothèque puis le cloître.

« La lumière et l’ombre sont les haut-parleurs de cette architecture de vérité. »

Le Corbusier

Je finis ma visite par l’arrière de l’abbaye, son abside, sa douceur, son champ d’oliviers. Je profite des ces derniers instants en me disant qu’il ferait bon revenir avec un livre & y passer des heures pour profiter de cette communion de la nature, de la pierre, de l’ombre & de la lumière. Une nature qui dissimule & protège, une pierre qui ancre & élance, une ombre qui cache & protège, une lumière qui révèle & élève.

Carole

Photos : Les Parenthèses de Carole

Adresse : 83340 Le Thoronet 

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