Une thèse comme l’élément d’un puzzle


11 MOIS POUR UNE PARENTHESE, FRAGMENTS DE THESE / lundi, avril 12th, 2021

Mon travail de thèse revient inlassablement dans ma vie… encore & toujours… comme si cette parenthèse n’était pas finie, comme si j’avais encore des choses à dire. La petite flamme est là, prête à s’embraser à la moindre émission sur Florence, la Renaissance, ses artistes, les Médicis.

Le sujet me passionne depuis longtemps. Pour autant, je m’interroge sur le fait qu’après toutes ces années, je ne parviens pas à tourner la page sur ce travail, sur ce chapitre de ma vie ! Peut-être est-ce à cause du sentiment d’échec lié à la soutenance ? Peut-être est-ce en raison du fait que je n’ai pas publié cet ouvrage ? Pour être honnête, j’ai toujours rêvé d’écrire & de publier un livre ! Peut-être que je n’arrive pas à mettre un point final à une expérience dans laquelle je me suis sentie alignée, dans laquelle j’ai eu la délicieuse sensation de toucher à quelque chose d’important, d’essentiel ? 

Certes l’expérience a été merveilleuse & j’aurais aimé la prolonger encore un peu… longtemps ! Mais il y a autre chose, j’ai l’intuition que cette thèse est en réalité l’élément d’un puzzle dont le dessein m’échappe pour l’instant, j’ai la sensation qu’elle est une étape sur mon chemin.

Récemment, quelqu’un m’a dit que cette thèse s’apparentait à des « fondations » ; cela m’a fait sourire car la métaphore de l’édification file tout au long de ces pages. Et si c’était le cas ? Si cet ouvrage fonctionnait comme une base sur laquelle édifier autre chose, comme un socle sur lequel ériger une nouvelle réflexion, comme le fondement d’une nouvelle histoire ? Si ces pages contenaient tout ce dont j’avais besoin, si elles recelaient toutes les clefs, si elles renfermaient toutes les réponses à mes questions ? Attisée par cette nouvelle perspective, j’ai eu envie de revenir à la source & de me demander en tout premier lieu comment j’en étais arrivée à faire cette thèse ? Comment les évènements s’étaient-ils orchestrés ?

Si je me retourne & que je regarde en arrière, j’ai l’impression que ce travail s’est imposé comme une évidence au terme d’un long cheminement où chaque choix, chaque décision m’a conduite vers cette certitude & même au-delà…

J’ai soutenu ma thèse le 18 décembre 2014 mais il faut encore remonter le temps pour comprendre comment les choses se sont imbriquées.

Je l’ai déjà dit à différentes reprises, l’Italie a toujours fait partie de ma vie. Aussi, l’envie de faire des études d’Italien s’est rapidement imposée. Pour la toulonnaise que je suis, cela signifiait partir à Aix-en-Provence ou à Nice…autrement dit, pour la jeune-fille timide que j’étais, au bout du monde !!! ^^ Par défaut, j’ai donc entrepris des études de Lettres Modernes & je me rends compte que cela n’était sans doute pas le fruit du hasard. Parce que la vie fait bien les choses, j’ai rencontré au cours de ces 4 années d’études celui qui deviendrait bien plus tard mon premier directeur de thèse. Professeur de Littérature comparée, amoureux de l’Italie & de la période de la Renaissance, il a également révélé mon goût & mon intérêt pour le monde des symboles ; ce qui représentera par la suite un pan essentiel de mes recherches.

J’ai poursuivi mon cursus de Lettres Modernes jusqu’à la Maîtrise puis, je me suis inscrite « logiquement » à la préparation du CAPES. J’ai très vite compris que les concours, l’enseignement, ce n’était pas pour moi. Moi, ce qui m’animait c’était la recherche, l’écriture, c’était passer des heures à la bibliothèque le nez dans les livres. J’imagine que c’est à partir de ce moment là que l’idée de faire une thèse a commencé à germer.

Nous sommes en 2000, je quitte la préparation au CAPES, je décide d’arrêter mes études & j’entre dans la vie active. Entretemps, je rencontre celui qui va devenir mon (ex) mari. En 2001, il m’annonce qu’il part faire ses études à Nice & me demande de le suivre. Sans trop me poser de questions, j’accepte, je démissionne de mon travail & je m’inscris en LCE Italien. Grâce à ma maîtrise de Lettres Modernes, je bénéficie à ma grande surprise d’une passerelle & je rejoins directement la Licence avec le module de langue à repasser. En parallèle, il se trouve que là où je travaille, par le plus grand des hasards (mais bien sûr ^^), je sympathise avec une jeune-femme qui vient précisément de terminer ses études de LCE d’italien à Nice ! Elles me prêtent ses cours, je bûche tout l’été : thèmes, versions, histoire de l’art… tout y passe, je suis littéralement passionnée ! En septembre 2001 je commence mes cours & en juin 2002, je valide ma licence & la langue de DEUG 2 ! Une année absolument dingue ; j’en garde un souvenir fantastique !

A l’occasion de mon mémoire de Maîtrise, je découvre I Ragionamenti de Giorgio Vasari qui ne me quitteront plus ! Tombée du ciel, mise sur ma route, cette œuvre m’a tout de suite séduite malgré une certaine difficulté. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce texte en 2002, c’était une œuvre peu connue, peu étudiée, jamais traduite en français … il n’en fallait pas moins pour aiguiser ma curiosité, susciter mon attrait & me lancer dans cette aventure aux côtés de Giorgio Vasari ! J’ai immédiatement été captivée par les différents niveaux de lecture, par toutes les possibilités que m’offrait un tel ouvrage ; j’allais enfin pouvoir m’immerger dans la Renaissance florentine ! Et « passer mes journées » en plein Cinquecento, à Florence, au cœur du Palazzo Vecchio aux côtés de Giorgio Vasari & des Médicis.

Je poursuis mes recherches en DEA. Juin 2004, l’année se termine. Nous décidons de rentrer sur Toulon. Je reprends mon ancien travail. Nous nous marions l’année suivante. Je garde dans un petit coin de ma tête l’idée de continuer mes recherches & un jour de faire une thèse. En 2006, alors que je viens de décrocher un nouvel emploi, ma décision est prise : je m’inscris en doctorat ! Je contacte la professeur qui m’avait mise sur la route de Giorgio Vasari pour lui faire part de mon projet ; sa réponse est sans détours : elle me le déconseille vivement ! Mais pas question pour moi d’abandonner ce projet. Je prends alors contact avec mon ancien professeur de Lettres Modernes qui accepte de diriger ce travail ! Quelques années plus tard, il prend sa retraire & me dirige vers une professeur d’Aix-en-Provence avec laquelle je terminerai ma thèse.

Ces 7 années de thèse seront d’une intensité folle ! Elles seront ponctuées par une séparation, un divorce, une histoire d’amour passionnelle. Au moment où j’écris ces lignes, je prends conscience que la décision de de m’inscrire en doctorat a été le point de départ de merveilleux bouleversements ! Comme si en répondant à une envie profonde, presque un besoin vital, celui d’être moi, j’avais ouvert la voie à d’autres changements. Le plus inattendu & le plus beau des cadeaux arrivera quelques mois après la soutenance : des jumelles ! Là encore, en plus de me faire le plus merveilleux des présents, la vie me fera un joli clin d’œil en « faisant » naître mes filles à une date clef au regard de mon travail de thèse : le 11 janvier, précisément le jour où Cosme Ier reçu le titre officiel de duc de Florence, sous le signe du Capricorne, son emblème ; précisément le jour qui sera en quelque sorte à l’origine des Ragionamenti de Giorgio Vasari.

Quand je regarde cet enchaînement, ce parcours, je me dis que tout, même ce que je n’avais pas prévu, anticipé, voulu, ambitionné m’a conduite vers cette thèse & aujourd’hui j’ai l’intime conviction que ce n’est pas fini… & clairement ce ne l’est pas puisque je continue à en parler, puisque je continue à partager, à créer autour de cet univers !

Cette histoire a commencé il y a plus 20 ans… je souhaite la poursuivre encore… tant qu’elle me procurera de l’émotion, tant qu’elle me fera vibrer, tant que le sujet continuera de m’inspirer, tant que j’aurais l’intuition d’avoir quelque chose à raconter !

A très vite,

Carole

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