L’art de vivre ou l’art de créer sa vie, l’art de vivre ou l’art d’être soi


11 MOIS POUR UNE PARENTHESE / dimanche, avril 4th, 2021

L’art de vivre évoque chez moi raffinement, élégance, simplicité, légèreté, fluidité. Ce concept m’apparaît comme un lien mélodieux qui relie de façon harmonieuse & cohérente les différents domaines de la vie. Cette apparente unité, cette expression d’un univers, cette tonalité d’ensemble, induit & suppose une réflexion subtile & essentielle sur soi, une connaissance pointue & aiguisée de soi ; fruit d’un long cheminement, d’un long travail.

J’ai pressenti assez tôt dans l’aventure de ce blog que mes recherches sur ma thèse dédiée à un chapitre de la Renaissance florentine pouvaient être envisagées comme un socle intéressant sur lequel édifier des réflexions actuelles. Je ne sais jamais à l’avance quelle sera la prochaine analogie mais régulièrement des connexions apparaissent. Cette fois, c’est cette notion de « travail », à mon sens contenue dans le mot « art » qui représente l’ensemble des procédés par lequel l’homme tend à atteindre un certain résultat, qui m’invite à continuer de dérouler la thématique abordée dans l’article « Disegno » & à envisager un lien entre l’art de vivre & l’artisan qui œuvre habilement de ses mains, entre l’art de vivre & l’artiste capable de créer une œuvre porteuse de sens, en mesure d’empreindre de son style sa création.

Être l’artisan de son quotidien, le façonner pour lui donner la forme désirée, lui apposer les couleurs convoitées… Résonne & s’exprime ici, une fois encore, le doux rêve de la Renaissance, de l’Humanisme : celui d’un Homme qui recouvre son pouvoir créateur. Car l’art de vivre revient à délimiter les contours de sa vie, à lui souffler une direction, à lui imprimer une vision, à lui donner un sens à travers des choix qui conduiront littéralement à créer sa vie.

Être l’artiste de sa vie, cela implique également de manifester son style, de mettre en lumière sa singularité, d’exprimer son unicité. Permettez-moi d’écouter mon intuition & de faire une de mes digressions habituelles qui m’incitent à vous parler de la manière ; la maniera en italien. Mon travail de thèse porte sur Giorgio Vasari, écrivain, architecte, peintre, maître d’œuvre toscan. Il est considéré par certains critiques comme le point de départ du maniérisme parce qu’il a été le premier à avoir popularisé le terme de « manière ». (A noter que Giorgio Vasari est également le premier à avoir employé dans son chef d’œuvre littéraire, Le Vite, le terme de « Renaissance »).

La maniera représente un courant artistique essentiellement florentin. Dans ce cas, elle exprime un processus collectif : la vecchia maniera (Giotto), la maniera moderna (Masaccio) et la bella maniera (Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange). Cette dernière, la bella maniera, implique des qualités exceptionnelles que sont la misura, l’ordine, la regola, le disegno, et la maniera. La seconde acception du terme maniera désigne le style personnel d’un artiste qui, pour Giorgio Vasari, n’est acceptable que s’il remplit les critères énoncés ci-dessus.

Si l’on poursuit ce raisonnement, si on longe ce fil, l’art de vivre, autrement dit la manière de vivre, incite à manifester son style personnel ce qui suppose au préalable une profonde introspection.

Le style exprime une singularité, une unité & conséquemment un univers ordonné, cohérent qui conduit à l’harmonie & à la beauté. Il se dégage alors un lien intime entre le style & la beauté qui a toujours résonné en moi mais qui a été révélé par la lecture d’un livre qui m’accompagne depuis plus de 10 ans & qui est venu mettre de la lumière sur certaines de mes perceptions : L’art de la simplicité de Dominique Loreau. L’autrice écrit :

« Tout faire avec style rend la vie infiniment plus riche. Le style, c’est se brosser les cheveux avant de prendre son petit déjeuner. C’est mettre un peu de musique douce pendant les repas. […]. C’est utiliser son argenterie tous les jours et pas seulement quand on reçoit. […] Le style et la beauté nous aident à nous surpasser. »

J’ajouterais à nous élever, à nous transcender, à accéder à une dimension « supérieure » celle du si convoité « moment présent ». Nous touchons ici à l’acception philosophique qui nous dit que l’art de vivre est l’art d’éterniser le présent par la perfection & la beauté du moment. « Eterniser le présent »… j’adore cette idée qui rejoint parfaitement l’essence de mes fameuses parenthèses… Il y a bientôt 3 ans, dans l’article d’ouverture de ce blog, j’écrivais :

« Dénicher, apprécier & cristalliser au cœur du quotidien des instants parfois éphémères, où le temps s’arrête, où le présent a tout à coup un goût d’éternité, voilà ma quête ! »

Je suis fascinée par cette notion de présent à la fois si éphémère, presque impalpable, à la fois éternel, presque intemporel. Je me rends compte en écrivant cet article qu’une des choses qui me touche le plus dans l’art de vivre c’est précisément son rapport intime au quotidien & implicitement au présent. Le quotidien est souvent appréhendé par un biais négatif en raison du train-train, de la routine qu’il évoque. Pourtant, je suis convaincue que ce fameux quotidien est précisément la clef ! Chaque jour qui passe me montre combien c’est dans le quotidien que tout se joue, que chaque instant est le temps idéal pour se trouver ; car c’est dans le quotidien que se niche le précieux « temps présent », le seul temps où je peux agir, où je peux créer, le seul moment où j’ai la fabuleuse opportunité d’être alignée, d’être moi.

Cela me fait penser à la notion de « cloisonnement » à laquelle je n’ai jamais adhérée & que j’ai toujours rejeté. Pourquoi devrait-on attendre les week-ends, les jours fériés, les vacances pour espérer avoir la sensation de vivre pleinement, d’être pleinement soi ? S’épanouir dans le quotidien, dans chacune de nos activités, même, voire surtout, les plus « ordinaires » voilà peut-être la clef ?

Chaque jour me rapprocher davantage de celle que je suis, de celle que je veux être est une des ambitions de ce congé sabbatique. Partir à ma rencontre n’est pas une entreprise facile ; cela nécessite de déconstruire certains schémas, de délaisser certaines croyances, de remettre en question certaines habitudes, de m’interroger, de me questionner mais aussi & surtout de m’abandonner.

J’ai souvent rêvé d’un temps pour moi, j’ai ressenti pendant des mois le besoin profond de faire une pause pour tout remettre à plat. Avoir l’opportunité de faire le point. Prendre le temps d’analyser chacun de mes choix, me débarrasser du superflu, ne conserver « que » l’essentiel ; ce qui précisément fait sens & s’inscrit dans un tout cohérent.

Profiter de ce congé sabbatique pour me (re)trouver c’est l’opportunité de créer un quotidien qui me ressemble & vers lequel je tends. Dans cette perspective, l’art de vivre prend tout son sens. Œuvrer au quotidien pour faire de ma vie un « chef-d’œuvre », y mettre les couleurs, les formes, les visages que je souhaite, les émotions par lesquelles je veux être traversée, le message que je veux transmettre, l’histoire que je veux raconter voilà un programme extrêmement séduisant, fascinant – mais pas si simple – auquel j’ai entrepris de me dédier. J’ai dit que je partais à ma rencontre ; pas besoin d’aller très loin, tout est là, maintenant !

J’ai l’intime conviction que c’est en prenant conscience que mon pouvoir créateur se concentre dans le présent, & uniquement dans le présent, que je parviendrai à créer ma vie ; j’ai la profonde intuition que, pour toutes les raisons que je viens de partager, c’est au cœur de l’art de vivre que réside l’art d’être soi…

A très vite,

Carole

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2 réponses à « L’art de vivre ou l’art de créer sa vie, l’art de vivre ou l’art d’être soi »

  1. Cet article est très inspirant Carole, j’aime bien ce rapport à l’art de vivre.
    Je ne connaissais par le livre L’art de la simplicité de Dominique Loreau, je vais aller faire un tour à la librairie 😉

    1. Merci beaucoup Adeline de me lire & de m’écrire 🙂 Placer l’art de vivre au cœur d’un cheminement personnel me parait en effet une perspective intéressante & finalement bien pragmatique ! Quant à l’art de la simplicité c’est un de mes livres de chevet que je prends plaisir à feuilleter de temps en temps ; au plaisir d’échanger sur ce sujet 🙂

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